Ressources en eau & réserves de substitution.

Publié le par Fédération PRG de Charente-Maritime

Martin-Biteau

Le Conseiller Général de St-Jean d'Angély, Jean-Yves MARTIN et le Vice-Président du Conseil Régional Benoît BITEAU ont co-signé cette note d'orientation très "radicale" sur l'eau

 

-1. Restaurer la vérité !

 

 

-1.1. Les « bassines » ne sont pas remplies par la pluie ou l’excès d’eau, mais par les mêmes forages que ceux qui sont utilisés actuellement en été pour irriguer du maïs.

 

-1.2. Les bassines ne sont pas non plus des retenues collinaires (qui comme leur nom l’indique sont réalisées par barrage d’un cours d’eau entre deux collines sur un substrat argileux !), mais des réserves creusées (7 mètres de profondeur et 4 mètres de digues !), puis bâchées, avant d’être remplies par des forages.

 

-1.3. Seulement 10 % des agriculteurs sont irrigants et seulement 20 % des surfaces agricoles sont irriguées. Le seul enseignement de cette information c’est qu’ils sont une grande minorité (mais ils crient fort !) et qu’ils ont plus de surface que la moyenne.

- 1.4.  2 à 3 % de la pluviométrie annuelle seulement est utilisée par l’irrigation. C’est vrai, mais il y a là un peu de populisme laissant croire que seules les cultures irriguées peuvent avoir besoin d’eau. La pluviométrie annuelle de notre région doit satisfaire l’alimentation hydrique des arbres, des forêts, des prairies, des zones humides, des milieux à forts enjeux patrimoniaux, et les cultures sèches (qui représentent quand même 80 % des surfaces cultivées !). En réalité l’écart entre la pluviométrie et les prélèvements « directs » par le vivant est finalement assez confidentiel, limitant ainsi la capacité à prélever, même en hiver pour stocker.

 

-1.5. L’eau qui va à la mer est de l’eau perdue ! Je ne développe pas davantage, je vous laisse aller convaincre (sans moi !) une assemblée de pêcheurs et de conchyliculteurs de cette évidence !

 

-1.6. Il y a énormément d’eau dans nos forages. C’est vrai, dans des ressources qui, pour certaines ont mis des millénaires à se constituer et qu’en quelques années l’irrigation est en train de tarir  Mais surtout, la fonctionnalité biologique des rivières, des fleuves, des estuaires et de la mer passe par l’écoulement d’une eau libre dans le lit de chaque émissaire hydraulique quel qu’il soit. Cette eau libre n’est que l’affleurement des nappes, d’où l’impérieuse nécessité de préserver le niveau des nappes pour préserver la fonctionnalité hydraulique de chacun des cours d’eau. Pour faire une analogie à la terre, Isabelle AUTISSIER dit : « les ruisseaux, les rivières, les fleuves, sont les racines de la mer ».

 

-1.7. Les assecs existaient avant l’irrigation, entre autre à cause de fuites provoquées par les failles karstiques. Effectivement, avec une récurrence du 1 tous les 20 ans ! Désormais c’est systématique chaque année depuis le début des années 80, avec parfois, comme en 2005 - 2006, 18 mois sans interruption. Et surtout derrière les failles, chaque petit affluent peut réalimenter le cours principal et le soutenir, comme sur la Seudre par exemple. Impossible aujourd’hui, ces petits affluents sont les premiers à secs ! Pendant ce temps les estuaires et les ostréiculteurs attendent l’eau douce !

 

 

-1.8. Grace aux « bassines », plus de prélèvements d’été dans le milieu. Les « bassines » ne stockent qu’un tiers à la moitié des prélèvements d’irrigation. Ceci signifie que, dans ce qui est appelé la démarche collective, la moitié, voir les deux tiers des prélèvements, continueront d’être prélevés dans le milieu pour compléter la partie issue du stockage en « bassine ». Pour la Seudre ces volumes représentent, par exemple, 5 millions de mètres cube, quand les volumes prélevables sont évalués à 1,5 millions de mètres cube. Ces 3,5 millions de mètres cube « trop prélevés » suffiront à effacer la fonctionnalité biologique des milieux et des estuaires (voir 1.6).

 

-1.9. Ce ne sont pas les associations qui empêchent les projets. Les associations constituent des dossiers qu’elles déposent aux tribunaux. Après In Chalah ! Ce sont les juges, sur la base des dossiers des irrigants et des associations qui tranchent. Et si les projets sont systématiquement condamnés en première instance, comme en appel, c’est bien qu’il y a un sérieux problème, à la fois dans la construction, dans le fonctionnement et dans la finalité de ces projets. Les associations ne sont que les gardiens du temple de l’intérêt général, lourdement menacé par le profit immédiat.

 

 

 

-2. Des « bassines », oui mais !

 

 

Pour envisager sérieusement de réaliser ces équipements, des préalables sont nécessaires. Par ordre chronologiques, ils sont les suivants :

 

-2.1. Définir les volumes effectivement disponibles en hiver, afin de dimensionner le volume de stockage en adéquation à ce volume. Réaliser plus de stockage que la ressource peut effectivement en offrir, comme c’est la cas sur certains bassins versants aurait le gros handicap de mettre en péril la ressource dès la sortie de l’hiver et provoquer des situations de crise encore plus dramatique qu’avant la présence des réserves. C’est le cas aujourd’hui dans la Vienne. Aucune étude aujourd’hui ne nous éclaire sur ces données.

 

-2.2. Définir les volumes prélevables d’été. Nécessaires afin de connaître le volume offert par le milieu pour le prélèvement des irrigants non raccordés aux « bassines ». Ces volumes sont aujourd’hui connus mais allégrement « explosés » ! 8 millions de mètres cube prélevés sur la Seudre pour un volume prélevable 1,5 millions de mètres cube !

 

-2.3. Exiger, imposer, l’adéquation des prélèvements avec la ressource, qu’ils soient hivernaux ou estivaux. Ce ci nécessitera inévitablement :

            - Une réduction drastique des surfaces en maïs hybrides, véritables pompes à eau. Maïs par ailleurs dédié à un élevage intensif, sur des aires bétonnées, où les herbivores ne savent même plus ce qu’est un brin d’herbe. Maïs, pauver en protéines, dont la généralisation nécessite l’importation massive de soja, d’Amérique du Nord et du Sud (pendant que brésiliens, argentins, etc. souffrent de la faim !), de préférence OGM (80 % de la production mondiale).

 

 

 

 

-2.4. Par conséquent, il faudra que la puissance publique accompagne les mutations d’une agriculture plus économe en eau.

            - Mesure désirrigation trop peu mobilisée.

            - Soutien au modèle herbagé, ayant par ailleurs la vertu d’une autonomie alimentaire et de récréer du lien au terroir.

            - Soutien aux protéines locales, a base de pois, féverole, lupin, luzerne, soja, etc.

            - Soutien aux espèces adaptées à notre milieu, comme les variétés population ou les écotypes.

            - Soutien à l’agriculture biologique, qui, pour des raisons agronomiques, doit pratiquer la rotation des cultures et la préservation de la vie du sol, augmentant la réserve utile des sols. Les deux associés permettent une réduction importante de la dépendance à l’irrigation.

 

- 2.5. Exiger une gestion publique. L’eau étant un bien commun, les équipements financés par l’argent public, il est nécessaire de gérer la ressource par une structure publique. Sortir de la gestion par les irrigants. Chaque bassine dispose d’un volume dont l’attribution sera discutée chaque année pour une commission locale de l’eau, dans le but d’un partage équitable entre l’ensemble des usagers. Chaque mètre cube sera facturé pour assurer la gestion autonome de l’équipement.

Et si pour atteindre cet objectif il est nécessaire de financer à 100 % les équipements, je ne trouve pas ceci choquant. Il faudra juste que l’ensemble de ces préalables soient atteints.

 

-1. la maitrise d'ouvrage doit être totalement publique, car à bien public, l'eau, gestion publique! Le financement pourrait être 70 % agence de l'eau, 20 % département, 10 % région.


-2. Par ce moyen, obligation de remplir les réserves directement en rivière en crue après avoir défini un débit de crue.


-3. L'eau est gérée par un établissement public rassemblant l'ensemble des financeurs pourrait donner des priorités d'utilisation de l'eau retenue, à savoir bio, agriculture raisonnable, petite et moyennes exploitations afin de pérenniser leur structure, élevage, non usage d’OGM et avantager les circuits courts, etc.


-4. Cette eau serait vendue un certain prix aux utilisateurs (entre 7 et 10 centimes/mètre cube) ce qui aurait l'avantage d'entrainer une économie d'eau par une gestion plus rationnelle de la part des agriculteurs et peut être aussi entrainer d'autres techniques plus économes en eau. Ce prix, qu'il faudra définir au plus juste, permettra de  financer le fonctionnement.


-5. Cette eau, propriété publique pourra éventuellement être utilisée à des fins d'urgences (eau potable, boisson d'élevage, incendie important etc.).


-6. Démontrer par la que l'agriculture bien structurée peut bien vivre, respecter la vie et les ressources, redonner du sens à l’agronomie et au terroir sans être obligée de faire du maïs.


Plus largement cette disposition permet une économie de marché, malheureusement inéluctable, mais ici régulée par une volonté politique exprimée par des élus qui sont les seuls légitimés par un vote démocratique.


Voila les grands principes qui rendent possibles l'irrigation agricole.


Les climatologues sont assez en harmonie pour dire que demain les hivers seront pluvieux sur des temps courts avec risques d'inondations et des étés très secs. Donc vouloir garder une peu de cette eau d'hiver est souhaitable, mais de grâce en prélevant en surface et non en forages.


N'oublions jamais que la nature ne nous appartient pas mais que nous appartenons à la nature! (Jean Yves MARTIN)

 

Benoît BITEAU & Jean Yves MARTIN

Publié dans Actualités

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