« M. Baylet, le candidat qui ne rêve pas d’aller au second tour »

Publié le par Fédération PRG de Charente-Maritime

affiche primaire J-M Baylet

La primaire a profité au Parti radical de gauche, estime son président. Depuis qu’il s’est déclaré, début juillet, candidat à la « primaire citoyenne » (il ne parle jamais, et pour cause, de « primaire socialiste »), Jean-Michel Baylet a beaucoup pesté. Contre le PS, dont il n’a cessé de fustiger l’ingratitude vis-à-vis du Parti radical de gauche (PRG), qu’il préside depuis 1996. Contre les médias qui, selon lui, l’ont injustement marginalisé par rapport aux candidats socialistes. Contre la droite, enfin, coupable à ses yeux d’avoir exhumé, en pleine campagne, sa mise en examen dans une « dérisoire » affaire de marché public liée à ses fonctions de président du conseil général de Tarn-et-Garonne.

 

Aujourd’hui, Jean-Michel Baylet affiche une plus grande sérénité. Bien sûr, il juge toujours le PS trop « généreux » avec ses alliés communistes et écologistes. Bien sûr, il n’a toujours pas digéré de n’avoir toujours pas été, contrairement aux candidats socialistes, invité au journal de 20 heures. Bien sûr, sa verve méridionale perd ses accents paternes quand il évoque la droite de son département, qui « consacre depuis dix ans l’essentiel de son temps » à lui « chercher des noises ». Mais tout ceci pèse peu, en définitive, face à sa « satisfaction » d’avoir participé à « l’aventure de la primaire ».

Cette satisfaction, de quoi se nourrit-elle ? D’illusion, certainement pas. Des six candidats, Jean-Michel Baylet est le seul qui peut lâcher des phrases comme celle-ci : « Moi, je ne dis pas que je serai au second tour. » Le seul à confier, en raillant « l’ego sidérant de tous les autres qui se voient déjà à l’Elysée », qu’une telle ambition ne lui a « jamais effleuré l’esprit » (« si j’aimais les feux de la rampe, je n’aurais pas attendu le crépuscule de ma vie publique pour me présenter à la présidentielle »).

Si ce n’est pas pour gagner, qu’est-il donc venu faire dans cette galère ? « Pour moi, l’objectif était de porter haut et fort les valeurs du radicalisme. De ce point de vue, le pari est gagné », estime-t-il.

Pour beaucoup de téléspectateurs, le président du PRG restera avant tout celui qui, sur France 2 le 15 septembre, a plaidé seul contre tous pour la légalisation du cannabis. Toutefois, ne passer que pour  « le défenseur de la fumette », comme le dit l’un de ses collaborateurs, l’ « agace un peu », même si cela lui permet de rappeler que « les radicaux de gauche sont décidément bien plus en phase avec l’évolution de la société que les socialistes », qu’il s’agisse du droit de mourir dans la dignité ou du droit d’adopter pour les couples homosexuels.

C’est plutôt sur le terrain économique que Jean-Michel Baylet pense avoir marqué des points. Les débats télévisés l’ont « sidéré », dit-il.  » Parler de démondialisation ou de mise sous tutelle des banques est peut-être très efficace pour faire du « buzz », mais c’est complètement irréaliste. Cela me confirme dans l’idée que le projet du PS est caduc. »

Sans surprise, ses cibles favorites sont Arnaud Montebourg, qui le laisse « pantois », et Ségolène Royal, « qui fait du Ségolène ». Mais Manuel Valls, avec son idée de « TVA sociale », ne le convainc pas davantage : « Je ne vois pas ce qu’elle a de social : c’est de la TVA, un point c’est tout. »

A propos de Martine Aubry et de François Hollande, il est en revanche plus balancé. Les entendre prôner la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG le réjouit d’autant plus que les radicaux y sont favorables depuis la fin des années 1990. Constater qu’« il est désormais possible de discuter avec eux du problème des charges sociales » l’enchante (« quand j’ai abordé la question à la télévision, je m’attendais à me faire écharper »).

Mais entendre « la fille de Jacques Delors parler aussi peu d’Europe » l’afflige : « J’étais le seul à dire que, face aux empires américain, chinois et bientôt africain, la seule réponse est l’Europe fédérale : avant l’été, l’idée semblait incongrue, désormais tout le monde y vient », veut-il croire. Même si, selon notre sondage Ipsos (lire page 9), seuls 38 % des Français souhaitent un renforcement des pouvoirs de l’Union européenne.

Le 10 octobre, le bureau directeur du PRG se réunira pour décider s’il soutient l’un des candidats socialistes qualifiés la veille pour le second tour de la primaire. Fidèle à ses habitudes, le parti entamera des négociations serrées avec le PS en vue d’obtenir suffisamment de candidats aux législatives de juin 2012 pour pouvoir constituer un groupe à l’Assemblée. Jean-Michel Baylet sait que, dès lors, les  « sunlights » se détourneront de lui. S’il dit n’en concevoir « aucune amertume », il n’en concède pas moins un regret : « Quand je vois quel coup de projecteur la primaire a mis sur les idées radicales, je me dis que j’aurais dû me lancer bien avant. »

 

Thomas Wieder
© Le Monde – édition papier du 5 octobre 2011

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