Interview de J-M BAYLET à Rue89 : Tactique électorale, Parité, Cumul, Franc-Maçonnerie ...

Publié le par Fédération PRG de Charente-Maritime

affiche primaire J-M Baylet

Retraites des parlementaires, parité, cumul

Pat30 : Le régime des retraites des parlementaires ne demanderait-il pas une révision à la baisse ? Car le qualifier de honteux ce n'est pas être révolutionnaire, c'est juste demander l'égalité.

  

 

Il vient d'être déjà pas mal réformé, il n'est plus très loin du régime ordinaire. Les parlementaires avaient un régime spécial parce que c'est un engagement où l'on est révocable ad nutum. Les citoyens en ont été choqués, il y a eu débat l'an dernier et le Parlement a décidé de revenir vers le régime ordinaire. C'est une bonne chose, certainement.

On peut toujours baisser le montant des retraites. Moi, je suis un vieux parlementaire et nous cotisons très fortement ce régime-là. On peut aller au bout et dire que les parlementaires n'ont pas le droit à des régimes de retraite. Mais ce n'est quand même pas très juste de stigmatiser un engagement comme celui-là. Contrairement à ce que j'entends souvent, il n'y a pas de régime de retraite des ministres.

   

Aurelie82 : Etant président de l'un des trois seuls conseils généraux en France sans aucune femme élue, et le PRG ayant présenté deux femmes et huit hommes aux dernières cantonales dans votre département, comment envisagez vous la question de la parité ?

   

Je suis consterné qu'il n'y ait pas de femme au conseil général de Tarn-et-Garonne. Nous avons présenté des femmes, elles n'ont malheureusement pas été élues. Ainsi va la démocratie. Il ne s'agissait pas de cantons impossibles à avoir. Nous recommencerons la prochaine fois. Je suis d'accord avec Aurélie : ce n'est pas normal.

   

Vigomp : J'imagine que l'abolition du cumul des mandats n'est pas une priorité pour vous ?

   

Non, parce que je trouve que la loi Jospin est une bonne loi, qu'on est allé vers un équilibre satisfait du cumul des mandats qui est quand même très limité et mon expérience de la vie publique me montre que, dans une France encore très jacobine et centralisée, si on veut être vraiment efficace dans la défense des dossiers locaux, mieux vaut avoir un mandat de parlementaire et bien connaître les clés qui ouvrent toutes les portes.

Après, on peut aller plus loin et dire qu'un parlementaire n'est pas là pour défendre des projets locaux, pour s'occuper du terrain ni pour jouer aux assistantes sociales en recevant dans ses permanences. C'est une autre conception du travail de parlementaire, qui n'est pas la mienne. Je trouve que c'est une tradition française qui permet de bien faire ce boulot.

   

Rue89 : Est-ce que vous pourriez nous raconter, justement ? Prenons un exemple d'un dossier concret que vous avez pu faire avancer plus facilement parce que vous aviez vos différents mandats.

   

En ce moment, il y a un projet de ligne à grande vitesse qui traverse mon département de part en part. Je peux vous dire que si ma vie parlementaire ne m'avait pas permis de connaître la haute administration, de bien voir comment se montaient les dossiers, de connaître les membres du gouvernement même s'ils ne sont pas de ma couleur politique, cela ne nous empêche quand même pas de dialoguer, et d'essayer de discuter les dossiers, nous n'aurions pas obtenu un certain nombre d'infléchissements.

Si je n'avais pas, dans le cadre de ma vie nationale, connu le président de RFF, et donc être en capacité d'obtenir un rendez-vous, ce dossier n'aurait pas avancé comme nous avons réussi à le faire avancer et ça n'est pas terminé d'ailleurs. Et des exemples comme ça, je pourrais en citer des dizaines, des dizaines et des dizaines.

   

Rue89 : L'intérêt, c'est le réseau, l'influence diffuse que ça vous donne, plus que le fait d'occuper plusieurs sièges au même moment ?

   

Cela vous permet de bien connaître l'organisation politique et administrative française. Ça vous permet de bien connaître les hommes et les femmes qui sont aux postes de responsabilité et donc de faire avancer les dossiers de votre département. Et c'est quand même ce qu'attendent nos concitoyens, que les élus soient efficaces.

Si vous n'êtes que maire de votre commune, que vous ignorez tout de la vie administrative nationale, vous devez passer par le préfet qui, selon sa capacité lui-même à ouvrir les portes et selon son envie de s'occuper du dossier, le fera ou le fera pas.

 

Tactique électorale et franc-maçonnerie

Mathieu : Par des accords électoraux (avec le PS), le PRG obtiendra un nombre de députés et de sénateurs largement supérieur à son poids politique réel. Ne trouvez-vous pas que ces accords tuent à petit feu la démocratie ?

 

D'abord, l'organisation politique française fait qu'il y a des accords électoraux de part et d'autres. L'UMP fait des accords avec ses alliés. Le PS mène des accords électoraux avec ses alliés. Et c'est comme ça depuis toujours. C'est ce qu'on appelle le désistement républicain.

Depuis que la démocratie existe, ça fonctionne de cette manière, y compris pour l'élection présidentielle. C'est vrai que dans certains cas, parce qu'il y a le danger du Front national, ou parce que nous souhaitons justement faciliter la parité c'est le cas cette fois-ci, nous passons des accords dès le premier tour.

Moi, je ne considère pas que je tue la démocratie, parce qu'elle serait morte depuis longtemps, parce que ça a pratiquement toujours été le cas. Quant aux accords électoraux pour les sénatoriales, vous pouvez rassurer Mathieu, nous n'avons pas d'accords parce que la discussion a abouti à un constat d'échec. Vous voyez que ce n'est pas chaque fois le cas.

   

Rue89 : Pourquoi ça n'a pas marché ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous souhaitions au-delà de nos deux sièges renouvelables à l'uninominale, avoir deux sièges à la proportionnelle. Nous avons longuement discuté avec le Parti socialiste et nous n'avons pas réussi à nous mettre d'accord, alors que le Parti socialiste donne des sièges à la proportionnelle sur ces listes aux écologistes, les Verts, et aux communistes et je trouvais légitime et équitable que le troisième allié que sont les radicaux ait aussi des sièges et cela n'a pas été possible, je le regrette.

 

Je trouve pas que le PS en la matière se soit bien conduit. Mais cela prouve que nous ne sommes pas les seuls à mener ces discussions-là.

 

 

 

 

Rue89 : Vous dites que les radicaux ont la clé des sénatoriales.

 

 

Contrairement à ce que pense Mathieu, nous sommes capables de nous faire élire sans les socialistes. Nous avons un groupe au Sénat qui est le Rassemblement social et démocratique européens, nous sommes dix-huit sénateurs dont onze radicaux de gauche.

 

Et quand j'entends dire que ça va se jouer à deux ou trois voix, quand je lis les commentaires de la presse disant que cela va être très serré, il me semble, oui, que ce sont les radicaux, de part leur nombre, qui tiendront la clé de tout ça. Et je dis cela pour rappeler aux socialistes que c'est pas convenable de ne pas avoir voulu tenir des accords avec nous.

 

Ce qui me marque, c'est que les personnes qui questionnent posent des questions en termes d'influence. Mais il y autre chose dans la vie que l'influence, que les accords électoraux, que les arrangements, c'est les valeurs.

Les valeurs du radicalisme sont, je l'ai dit tout à l'heure, laïcité, République dans sa déclinaison de liberté, égalité, fraternité, et nous le portons beaucoup plus fortement que les socialistes, même si je ne conteste pas que les socialistes sont républicains et laïques, mais enfin nous c'est notre socle, c'est notre histoire, et c'est le drapeau que nous brandissons.

Deuxièmement, on n'est pas minoritaires par hasard, c'est vrai que voilà, c'est certainement plus confortable et plus facile quand on veut avoir un destin politique d'être dans un parti comme le PS. Mais il faut aussi en supporter les inconvénients quand les relations manquent de fraternité, il faut supporter une discipline, un programme qui s'impose à vous.

Les radicaux sont quand même des individualistes. On ne choisit pas d'être minoritaire par hasard, on en a les inconvénients, c'est plus difficile pour nous, mais on a aussi une quiétude, des liens entre nous qui sont très différents et une capacité à pouvoir, quand on est pas d'accord, non seulement l'exprimer mais le revendiquer.

 

Rue89 : Vous nous avez donc dit, en creux, que le PS attirait les arrivistes…

 

Je n'ai pas dit ça, mais je dis que quand on veut faire une belle carrière, c'est plus facile de choisir un puissant parti majoritaire qu'un parti minoritaire et si je vous parle de l'UMP, je vous dis la même chose.

Tapie, Meyssan, Bayrou, Borloo

 

BernardN : Comment se fait-il que le PRG intègre des gens aussi sulfureux que Bernard Tapie ou Thierry Meyssan ?

 

Bernard Tapie a été chez nous à une période où il était l'idole des Français ou pas loin, hein. Ministre de François Mitterrand – nous étions d'ailleurs dans le même gouvernement – personnage numéro un dans tous les sondages de notoriété et d'estime, coqueluche des médias et de tout le monde.

Ensuite, Bernard Tapie a eu des déboires. Il n'est pas dans les habitudes des radicaux de coller des coups de pied aux fesses aux gens quand ils sont en difficulté, alors qu'on les a accueillis et qu'on a construit des choses ensemble.

Il a pris du recul par rapport à la politique, par rapport aux radicaux, aujourd'hui sa cote de popularité est moindre, encore que quand il m'arrive de le rencontrer, je vois que dès qu'il met le nez dans la rue, tout le monde s'agglutine encore autour de lui, mais c'est vrai que les choses sont différentes.

 

Rue89 : Et Meyssan ?

 

Thierry Meyssan a été secrétaire national du PRG à une époque où il animait le Réseau Voltaire, mais j'ai envie de dire que depuis, il a fait du chemin.

 

Rue89 : Il est quand même resté jusqu'en 2008.

 

Non… Il n'a pas claqué la porte mais on ne l'a plus vu depuis une dizaine d'années, Thierry Meyssan. Si je vous dis qu'on l'a pas vu, je sais bien. J'ai bien vu que sur certains sites, dans certains CV, il a continué longtemps à mettre qu'il était secrétaire national du PRG, mais ça n'était pas exact.

Thierry Meyssan a été en rupture avec nous dès qu'il a pris les positions qu'il a prises sur l'affaire du 11 Septembre.

A ce moment-là, je lui ai demandé de venir me voir, nous avons eu une discussion, il m'a présenté ses théories fumeuses et révisionnistes – il faut bien le dire –, totalement scandaleuses, et je lui ai donc à ce moment-là expliqué que c'était incompatible avec les valeurs que portaient les radicaux, et depuis j'ai vu qu'il est allé de dérapage en dérapage jusqu'à ce qu'il se retrouve à Tripoli avec Kadhafi, il y a encore quelques semaines. (Voir sa réponse en vidéo)

 

 

Quand je regarde comment fonctionne le Sénat, je ne suis pas sûr que le meilleur chemin, pour accéder à la présidence du Sénat, surtout si cela se joue à quelques voix près, ce soit d'être partie prenante de la primaire qui est quand même une primaire de gauche naturellement.

Ensuite, le président du sénat, il sera UMP si l'UMP est majoritaire, il sera socialiste si le PS est majoritaire, et si il n'y a pas de majorité, on verra sur le nom de qui le consensus pourra se faire.

 

Rue89 : Vous n'avez pas ce genre d'ambition ?

 

Je n'exclus rien, mais enfin je n'y pense pas tous les matins en me rasant.

 

Jean-Pascal : Le PRG ne représente rien d'autres qu'une poignée de notables francs-macs du Sud-Ouest. Vrai ou faux ?

 

Faux. D'abord le PRG n'est pas que dans le Sud-Ouest. Nous avons des fédérations dans les 100 départements français, 100 désormais depuis Mayotte. Deuxièmement, le PRG est un parti laïque effectivement au sein duquel pas responsables et militants sont engagés dans la franc-maçonnerie, mais pas seulement quand même. Les franc-maçons portent la laïcité fortement, et les radicaux aussi. Mais la franc-maçonnerie est dans l'ensemble de la société française, elle n'est pas que chez les radicaux.

 

Rue89 : Vous êtes initié depuis quelle année ?

 

Moi ? Il y a trente ans… Au Grand-Orient de France. Mais vous avez beaucoup de responsables et de parlementaires radicaux qui ne sont pas franc-maçons, il ne faut pas considérer que nous sommes une officine de la franc-maçonnerie.

Ensuite, les radicaux ont des parlementaires bien au-delà du Sud-Ouest. Bien au-delà. Nous en avons même dans les territoires d'outre-mer, vous voyez, là on est loin du Sud-Ouest. (Voir sa réponse en vidéo)


 

 

Watashi_baka : Pourquoi ne pas se structurer sous forme de courant au sein du PS plutôt que de rester sous forme de parti indépendant ?

 

Pas dans le non respect des statuts ! Mon mandat de président était de trois ans. Effectivement, il est expiré au mois de mai, dans le comité directeur du parti en a débattu et nous avons considéré que comme nous rentrions dans la période de la primaire et des discussions avec nos alliés dans la période de la présidentielle.

Il n'était pas souhaitable de nous mettre un congrès à ce moment-là, et nous avons donc décidé, par un vote du comité, de prolonger le mandat d'un an jusqu'au mois de juin prochain.

 

Rue89 : Donc vous êtes toujours président ?

 

Oui, mais c'est pas en contradiction des statuts dans la mesure où il y a eu un vote du comité directeur.

 

Rue89 : Vous aviez peur de ne pas être reconduit ?

 

Ah non, pas du tout, la question n'était pas là. Ce n'est pas une proposition qui est venue de moi. Nous en avons parlé avec mes amis, ils ont considéré que ce n'était pas le moment de rentrer dans des discussions pour savoir si on changeait de président, ils souhaitaient que j'aille au bout de la logique qui nous amène après l'élection présidentielle. C'était contradictoire de me demander d'ouvrir un congrès alors que le même comité a décidé que je devais être candidat à la primaire.

 

Anisétoilée : Bénéficiez du forfait de 30 000 euros mis à disposition des candidats par le parti ?

 

Je n'ai pas souhaité bénéficier de la logistique du Parti socialiste, pas plus de l'enveloppe de 30 000 euros que de la salle de presse de Solférino, ou de tout ce qui est le Parti socialiste. Ma candidature s'inscrit dans un objectif commun, mais ma candidature est différente. Je ne suis pas socialiste, je n'ai pas à bénéficier des moyens du Parti socialiste.

 

Rue89 : Ils vous ont proposé ?

 

Oui. Les 30 000 euros, je ne sais pas. Mais la salle de presse du PS et d'avoir un bureau, oui, mais ce serait complètement brouiller l'image.

Publié dans Actualités

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