Interview de J-M BAYLET à Rue89 : ses différences avec les socialistes

Publié le par Fédération PRG de Charente-Maritime

affiche primaire J-M Baylet

Ses différences avec les socialistes

Tristan71230 : Rêvons. Vous êtes élu président de la République. Quelle est votre première mesure ?

Bien naturellement, commander un audit des comptes de la nation et convoquer une conférence du redressement.

Vous connaissez la situation de la France : nous sommes en crise, les choses vont mal, les services publics sont pratiquement anéantis, donc je souhaite réunir les élus de la majorité, tendre la main à l'opposition parce que dans les moments difficiles il faut savoir le faire, et aussi réunir les partenaires sociaux, syndicaux, associatifs, le patronat… et voir comment nous faisons pour créer les conditions pour désendetter le pays et revenir vers les fameux 3% quand aux critères de convergence.

Il faudra prendre des décisions douloureuses. Mais le chef de l'Etat ne peut pas les prendre tout seul, la majorité ne peut pas les prendre toute seule.

 

Rue89 : Vous parlez de décisions douloureuses. Quelles seraient les toutes premières coupes ?

 

Si je convoque une conférence nationale du redressement c'est pour en parler avec tout le monde sinon [ces mesures] ne seront acceptées par personne […]. Il faut qu'il y ait de vastes échanges et que nous soyons capables de mettre en place un vaste plan de redressement. […]

 

Rue89 : A part sur les retraites, sur quels autres points êtes-vous en désaccord avec le projet socialiste ?

 

Sur beaucoup de points. […] Pourquoi suis-je venu dans cette campagne ? Parce que je considère qu'il faut dire la vérité aux Français et que que la situation est telle qu'on ne peut plus se permettre de dire n'importe quoi et de faire de vaines promesses.

Dire la vérité, ça n'est pas dire qu'on reviendra à la retraite telle que nous l'avons connue à taux plein à 60 ans.

C'est dire que effectivement, on restera sur le système actuel mais qu'il faut l'améliorer : rentrer dans des systèmes de retraites par points, permettre à celles et ceux qui le souhaitent de pouvoir travailler au-delà de l'âge légal de la retraite. […]

 

Rue89 : Sur quels autres points êtes-vous en profond désaccord ?

 

[…] Je pense que les socialistes, sur un certain nombre de sujets, sont encore sur les anciennes méthodes.

Ils veulent créer 300 000 emplois jeunes – ça coûte quand même 2 milliards et demi d'euros – or ces emplois jeunes, on les pratique depuis trente ans. Je dirige une collectivité, j'ai toujours donné l'instruction, quand on recrute des emplois aidés, que ce soit dans la perspective de les conserver.

Vous voyez bien que la majorité ne fonctionne pas comme ça. Que ce soit dans les collectivités, dans les services publics ou, souvent, dans la vie associative, on utilise les emplois jeunes comme des emplois un peu Kleenex, à la fin on les met à la porte, ça n'est pas normal.

Moi, je souhaite alléger les charges sociales des PME quand elles s'engagent à employer des jeunes. Je souhaite également que les jeunes puissent dès 25 ans – et pas avec toutes les réserves qu'il y a aujourd'hui, qui le rendent pratiquement impossible – accéder au RSA et au RMI. Nous le financerons en supprimant un grand nombre de niches fiscales.

Vous voyez que nous sommes loin des positions du Parti socialiste. Je souhaite également que soit institué un vaste impôt uninominal qui englobe l'impôt sur le revenu et la CSG (ça, les socialistes désormais le proposent, mais les radicaux le souhaitent depuis dix ans), mais il faut y rajouter les cotisations sociales.

Quant aux entreprises, je souhaite également, au nom du rééquilibrage entre le travail et le capital, qu'il y ait un impôt unique pour les entreprises – naturellement, sur le groupe consolidé, autrement les gens délocalisent.

Encore un point sur lequel je ne suis pas d'accord avec les socialistes : c'est sur le protectionnisme aux frontières de l'Europe. D'abord parce que les radicaux sont universalistes, donc on ne peut pas parler aujourd'hui de démondialisation, je ne trouve pas ça sérieux, ensuite quand on regarde les délocalisations, elles ont presque toutes eu lieu, pour plus de 80% d'entre elles, au sein de l'Union européenne. Donc ça n'est pas une bonne solution.

 

Rue89 : Vous dites : « La démondialisation, c'est pas sérieux », donc vous n'êtes pas proche de Montebourg. Votre plan pour les jeunes ressemble à celui de Hollande. Votre dénonciation des emplois jeunes ressemble à celle de Valls. Est-ce que vous vous trouvez proche d'un autre candidat ?

 

Je me trouve proche de Jean-Michel Baylet, ça suffit largement à mon occupation, et je porte le programme des radicaux. […] J'entends bien que les socialistes présentent des différences, à les entendre, parfois on dirait des divergences, mais le problème c'est qu'ils ont un quand même un socle commun adopté à l'unanimité : le programme du Parti socialiste.

 

Rue89 : Ils disent que c'est une base, qu'ils pourront fixer des priorités…

 

Bon, s'ils évoluent, tant mieux, et si je les aide à évoluer vers plus de réalisme et plus de pragmatisme, j'en serai très heureux, d'où l'intérêt de ma candidature. Et avouez quand même que laisser les cinq socialistes seuls pour la primaire, ça ne me semble pas très attractif. Les radicaux, depuis 2005, souhaitent la primaire. Si nous avions été entendus, les choses se serait vraisemblablement mieux passées en 2007.

 

Rue89 : Vous pensez ?

 

Ils n'étaient pas vraiment en ordre de bataille. Moi, j'ai fait la campagne de Ségolène Royal et j'avais souvent l'impression d'être le plus loyal, le plus fidèle et le plus convaincu.

La primaire, […] ça permet d'échanger entre nous, de confronter nos projets, ça permet également de se mettre en ordre de bataille. Parce que nous avons quand même, nous les socialistes et les radicaux, et j'espère beaucoup d'autres à gauche, le même objectif : l'alternance, battre Sarkozy. […]

Nous savons que le rassemblement et l'unité, avec le institutions de la Ve République, sont absolument indispensables à la victoire. C'est quand même bien de considérer que le 16 octobre au soir nous aurons notre candidat et nous ne serons plus dans les tergiversations de la dernière fois. […]

 

Site oie yen : Avant le 16 octobre, il y a le 9. Donnerez une consigne de vote au second tour et selon quels critères ?

 

C'est mon parti qui choisira. Oui, nous donnerons une consigne de vote. Nous nous réunirons le 10 ou le 11 pour analyser la situation, regarder quel est notre résultat, voir ce qu'il y a lieu de faire, mais il va de soi que nous sommes des citoyens engagés et […] que nous choisirons.

 

Rue89 : Donc même vous, vous ne vous faites pas d'illusions : vous ne serez pas au second tour…

 

Si telle était la situation, ça voudrait dire que je serais en tête. […] Ce qui est important, c'est que nous avons tous signé un engagement à nous désister en faveur de celui qui est le mieux placé, je crois que c'est très important pour la mise en ordre de bataille.

 

Kaboré : Admirez-vous une personnalité socialiste en particulier ?

 

D'aujourd'hui, d'hier, d'avant-hier ?

 

Rue89 : La question est ouverte…

 

Moi, j'admire Jaurès, qui a écrit pendant vingt ans dans La Dépêche du Midi, qui était son journal et non pas L'Humanité, contrairement à ce que tout le monde croit.

 

Rue89 : Et parmi les contemporains ?

 

François Mitterrand.

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