Interview de J-M BAYLET à Rue89 : Emploi, entreprises, Europe

Publié le par Fédération PRG de Charente-Maritime

 

affiche primaire J-M BayletEmploi, entreprises, Europe

Rose bleu : Quelles solutions proposez-vous pour l'emploi des seniors ?

Je crois que les seniors doivent pouvoir à continuer à travailler quand ils le souhaitent. Je vous ai parlé du système de retraite à points qui doit permettre d'aller beaucoup plus loin, mais je ne considère pas que l'emploi des seniors est la priorité des priorités.

 

Tout dépend aussi de ce qu'on appelle un senior, j'entends des gens qui disent qu'on est des seniors à partir de 55 ans. Pour ceux qui ont dépassé l'âge de la retraite, ils doivent pouvoir continuer à travailler s'ils le veulent mais pas au détriment des jeunes.

   

Rue89 : C'est donc aux patrons d'entreprise de faire l'arbitrage ?

  

Je vous ai dit quelles étaient mes propositions pour les jeunes. Je souhaite qu'on allège les charges sociales pour créer des emplois pour les jeunes. Mais n'opposons pas les seniors et les jeunes !

 

 

Rue89 : Comment fait-on l'arbitrage, alors ? Pas d'incitation fiscale…

 

 

Bien sûr !

 

Rue89 : Donc pour une même offre, c'est au conseiller Pôle emploi de faire passer en priorité les jeunes ?

 

Bien naturellement ! Surtout si les seniors ont leurs points de retraite.

 

ShredBluZ : Comptez-vous enfin résoudre les problèmes colossaux d'évasion fiscale des entreprises du CAC 40 ?

 

 

Il va de soi qu'il faudra taxer davantage les super profits. Il va de soi qu'il faudra mettre de l'ordre. Nous sommes pour une taxe forte sur la spéculation. Résoudre toute l'évasion fiscale du CAC 40, nous nous y attèlerons parce que nous la condamnons et que nous la trouvons scandaleuse, mais il faut s'en donner les moyens. Et les moyens, c'est de taxer la spéculation.

 

 

Rue89 : Pas seulement. C'est très compliqué de retrouver dans quel pays une entreprise se débrouille pour déclarer ses impôts.

 

Certes, parce que l'on considère comme acceptable que ces grandes entreprises puissent avoir leur siège dans les paradis fiscaux. On peut très bien aussi, dans l'impôt progressif uninominal sur l'entreprise que j'évoquais tout à l'heure, décider que ce sont les comptes consolidés qui sont taxés, y compris les profits réalisés dans les paradis fiscaux et dans les pays étrangers qui ne sont pas des paradis fiscaux.

 

David : Vous défendez une approche fédérative en Europe. Comment comptez-vous y parvenir ? La crise économique et le réveil des Etats nations n'ont-ils pas enterré l'idée d'un gouvernement fédéral ?

 

Je crois que c'est tout le contraire. Les radicaux, au nom de leurs valeurs, ont toujours été des fédéralistes européens. Moi, je suis pour les Etats-Unis d'Europe. Vous me direz que c'est une perspective qui n'est pas pour demain. C'est vrai mais la politique, c'est avoir des projets. La politique, c'est aller de l'avant. La politique, c'est le volontarisme. Si on pose comme principe qu'avec l'Europe des 25, c'est trop difficile, on n'y arrivera jamais. D'autant que nous sommes rattrapés par l'actualité.

Nous constatons aujourd'hui que l'Europe marche sur un seul pied. On a créé la monnaie unique, c'est une bonne chose. On a instauré une banque centrale européenne indépendante, je regrette un peu cette indépendance totale car je considère que c'est aux politiques à prendre les affaires en main, y compris financières.

Le discours ambiant, depuis 1986 et les années Reagan, de dire que « l'économie, la finance, c'est pas l'affaire des politiques, vous n'y connaissez rien, laissez faire le marché », on a vu où ça nous a amenés. Sauf que quand le marché se casse la figure, on vient rechercher les Etats, on se tourne vers l'économie réelle.

Vous vous rendez compte qu'on était arrivé à distinguer économie réelle et économie virtuelle. Quand cette dernière, par cupidité, par goût d'un profit toujours plus important, se casse la figure, on en revient à l'économie réelle pour mettre la main à la poche et quand les choses se restabilisent un peu, on repart comme avant. Ça n'est pas acceptable.

Face à ce premier pilier qu'est la monnaie unique, il faut un deuxième pilier : une gouvernance économique et budgétaire européenne. Autrement, si on a une monnaie unique et que chaque Etat peut mener la politique qu'il souhaite quant à l'emprunt ou au déficit budgétaire, il arrive ce qu'on a vu avec la Grèce, le Portugal, l'Espagne et d'autres. Et il faut de nouveau la solidarité ! Allons rapidement, et c'est possible, vers une gouvernance économique et budgétaire européenne.

C'est un premier pas un peu timide que Sarkozy et Merkel ont fait dans ce sens mais je voudrais que l'Europe soit construite par idéal, sur des valeurs, sur une volonté d'harmonisation sociale, économique et fiscale, et pas contrainte et forcée en période de crise.

 

Jean-Michel Baylet en interview à Rue89, le 30 août (Audrey Cerdan/Rue89).

Publié dans Actualités

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article